La réforme de l’orthographe, ou encore une nouvelle réforme cache-misère

En ce 4 février 2016, je profite de la news concernant la réforme de l’orthographe sortie aujourd’hui pour revenir poster ici (pour un post ou plusieurs, place nette est faite). News oui, mais pas si nouvelle que ça en vérité, puisqu’il s’agit en vérité d’une réforme initiée en 1990 (ah, c’était le bon temps…), et qui n’a en fait jamais été appliquée. Décision a donc été prise que cette réforme entrera en application dès la rentrée 2016.

Il s’agit notamment, et si vous surfez sur les réseaux sociaux vous l’aurez déjà noté, de la disparition partielle de l’accent circonflexe à des fins de simplifier la graphie de manière générale. Pour tout dire, la disparition de cet accent n’est qu’un exemple parmi d’autres (on pourra également retenir la modification orthographique de certains mots comme « oignon » qui devient « ognon », ou encore la suppression du trait d’union d’un certain nombre de mots composés).

Précisons que jusqu’à maintenant, on s’en passait très bien de cette réforme, et que pour tout dire, elle vient davantage compliquer la chose plutôt que la simplifier. Alors évidemment, les réseaux sociaux se sont enflammés, et à juste titre. J’ai relevé quelques exemples de tweets qui m’ont bien fait rire, mais c’est en vérité dramatique puisqu’ils soulignent une nouvelle forme de médiocrité.



C’est donc à la langue française de s’adapter à un niveau d’orthographe qui se dégrade déjà depuis quelques années. Alors oui, effectivement, cette réforme ne fait état que des recommandations, mais ces recommandations ont pour conséquence de conduire à la coexistence de deux types de français, et donc à la création d’une fracture entre les personnes maîtrisant le français « correct » et ceux se contentant du français « toléré ».

Le véritable souci, c’est que cette réforme est instaurée dans le but de résoudre un problème, mais elle ne fera en vérité que créer un nouveau caractère traduisant l’appartenance d’un élève à tel ou tel milieu social. A tort ou à raison, on en viendra à catégoriser les gens (ce que l’on fait déjà plus ou moins inconsciemment) en fonction de ce nouveau marqueur devenant par extension un critère de jugement.

En tant que maman, je ne peux imaginer une seconde que mon fils étudiera dans des manuels qui pourront le conduire à être placé dans telle ou telle catégorie (entre autre celle du bon élève venant d’un milieu social privilégié contre celle du cancre provenant d’une classe sociale inférieure) en fonction de la manière dont il écrira par la suite. L’introduction dans les manuels d’une orthographe tolérée risque de mener les générations futures à un niveau plus bas encore que les générations d’aujourd’hui. Après tout, pourquoi se compliquer la vie si la facilité est acceptée ?

Ces recommandations ne résoudront en aucun cas les problèmes d’orthographe, au point que dans quelques années, l’orthographe deviendra une réelle compétence, que l’on pourra mettre en avant dans nos Curriculum Vitae. Jeunes gens, passez donc le certificat Voltaire !

Si cette réforme ne résout pas le problème (saisissant l’occasion pour préférer en créer un nouveau…), c’est que le problème est très probablement ailleurs.

C’est d’abord, à mon sens, un problème d’ordre générationnel. Ensuite, et il faut bien le souligner, les fautes d’orthographes sont souvent le fruit d’un manque d’attention, ou d’intérêt (mais pas uniquement !). Cela relève également d’un manque de pratique et de rigueur, mais de là à dire que l’orthographe s’apprend en lisant, ce n’est pas totalement vrai. Certaines personnes pourraient faire tous les efforts du monde qu’elles ne parviendraient toujours pas à orthographier correctement certains mots. Et ça arrive à tout le monde, et personne n’est parfait, et certains n’ont pas besoin de s’exprimer correctement à l’écrit dans leur vie, et ce n’est pas la fin du monde !

Mais surtout, à mes yeux, le véritable problème c’est le manque de maîtrise de la grammaire et de la conjugaison. Et c’est peut-être par là qu’il faudrait commencer, par l’enseignement en bonne et due forme de ces matières fondamentales à la maîtrise de la langue française. Il faut accompagner leur apprentissage, et en cas d’erreurs, permettre aux élèves de les comprendre en leur expliquant. Mais pour cela, encore faut-il se lancer et se tromper, et ce n’est pas toujours gagné.

Cela m’amène à soulever un autre problème que connaît l’éducation nationale. C’est ce sentiment des élèves d’absence d’accompagnement et d’un climat de confiance. Alors oui, l’éducation nationale manque surement de moyens pour tout ça, mais je pense également qu’un certain nombre d’enfants (par peur d’échouer ? par crainte de se sentir humilié ?) préfère se taire, plutôt que de se lancer au risque de se tromper. Mais ne dit-on pas que l’on apprend de ses échecs ? Heureusement, certains enseignants l’ont compris et font du mieux qu’ils peuvent.

Toute cette situation, installée depuis une ou deux décennies conduit à ce que chacun peut observer quasi-quotidiennement : l’effort minimum. A titre d’exemple, étudiante, j’ai chaque jour l’impression d’être un ovni parmi mes camarades. Je ne me prétends en aucun cas supérieure, mais je trouve désolant de pouvoir observer à mon échelle que des jeunes, qui représentent l’avenir de la France, ne semblent fournir qu’un effort relevant du minimum syndical. Alors que dans les paroles on requiert un certain niveau de connaissances et de compétences (peu importe le domaine dont il s’agit), il semble qu’on puisse s’accommoder d’un niveau moindre.

Pour revenir au sujet initial, comment mettre en avant ses connaissances si l’on ne parvient pas à orthographier correctement la moitié des mots sur une copie ? Comment être crédible sur le plan professionnel lorsque nos emails sont truffés de fautes d’accord ? Oui, il y a un problème, mais est-ce vraiment un problème d’orthographe ? Jusqu’aujourd’hui, on ne s’en sortait pas trop mal, alors très honnêtement… N’avons-nous rien de plus important à réformer que l’orthographe ?

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